Tiếng Việt  |  English

 

 



 
 

COIN SANTÉ

LE  ‘’SRAS’’ : FAUT-IL EN AVOIR PEUR ?

Durant les préparatifs de la guerre d’Irak, une nouvelle s’est propagée dans les médias comme le feu à une traînée de poudre : une maladie respiratoire mystérieuse est apparue dont voici le développement  chronologique : 

Le mercredi 12 mars 2003, L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) lance une alerte internationale sur une ‘’forme grave et atypique de pneumonie’’, apparue dans 8 pays du monde, dont :

  • Hong Kong : 43 cas dans plusieurs centres de soins sanitaires;
     

  • Hanoi : 47 cas, principalement chez le personnel de l'Hôpital Franco-vietnamien;
     

  • Canada : 2 morts (une mère et son fils, de retour de Hong Kong) et 4 membres de leur famille;
     

  • Singapour : 16 cas (3 de retour de Hong Kong, 6 personnes qui les ont soignés).

Les jours suivants, d’autres informations apportent des précisions sur l’importance et l’étendue de l’épidémie :

  • en mi-février en province du Guandong (Canton), il a été déclaré 305 cas de pneumonie, dont 5 mortels. Sur ces 5 morts, l'autopsie a permis de dépister deux fois la présence d'un Chlamydia, microbe pouvant être responsable de maladies respiratoires comme l’ornithose ;
     

  • à HongKong, les autorités sanitaires signalent une flambée épidémique de maladies respiratoires dans un hôpital. Le 11 mars, 50 agents de santé ont été contaminés et sont en observation pour pneumonie;
     

  • à Hanoi, la maladie semble avoir fait son apparition le mercredi 26 février lorsqu’un homme d'affaires américain de 48 ans d'origine chinoise qui avait voyagé à Shanghai et Hong Kong, s'était fait hospitaliser à l'Hôpital franco-vietnamien (HFV) de Hanoi. Devant l'aggravation de son état, ce patient a été transféré le 6 mars au Princess Margaret Hospital à Hong Kong où il est mort jeudi.

Le médecin réanimateur français et une infirmière vietnamienne de l'Hôpital Franco-Vietnamien qui se sont occupés directement de ce malade, sont décédés après avoir développé une pneumopathie atypique. Cette maladie a jusqu'à dimanche 16 mars touché 46 Vietnamiens et étrangers qui sont actuellement mis sous surveillance médicale à l'HFV, à l'Institut des maladies tropicales et à l'Institut de médecine militaire No.108. Ces membres du personnel hospitalier sont tombés malades, avec les mêmes signes qu'une grippe : début brutal avec fièvre élevée, maux de tête, courbatures. Les analyses sanguines montrent une chute des globules blancs et des plaquettes. Certains malades évoluent vers une atteinte des deux poumons et difficultés respiratoires nécessitant une assistance respiratoire.

Dans un communiqué diffusé à Genève samedi 15 Mars l'OMS a indiqué que cette forme de pneumopathie virulente, constitue une menace pour la santé à l'échelle de la planète.

C’est ainsi qu’un ‘’syndrome’’, ensemble de signes cliniques dont on ne connaît pas encore la cause exacte, est né qui a reçu un nom de baptême anglais, Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS) et français, SRAS, Syndrome Respiratoire Aigu Sévère. Il devient, par le  pouvoir des médias, la nouvelle grande peur du troisième millénaire.

L’aide internationale s’organise pour permettre au Vietnam de lutter contre cette pneumonie virulente.

Une délégation de 3 experts du Japon est arrivée à Hanoi le 15 Mars, avec du matériel sanitaire, en particulier des appareils d'assistance respiratoire.

La France est présente par l'envoi de 6 médecins et infirmières, accompagnés de matériel d'urgence, à l'Hôpital Franco-Vietnamien.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a dépêché ses experts à Hanoi pour conjuguer les efforts avec les confrères français, américains, japonais et vietnamiens, aider à prévenir cette maladie et à traiter les patients.

A partir du 17 mars, des déclarations alarmantes sont recueillies auprès de certains spécialistes. ‘’La pneumonie virulente est une maladie dangereuse qui évolue d'une manière complexe et se propage rapidement et violemment ’’ prévient un patron de Hanoi. D’autres supposent qu’en plus de la transmission directe par voie respiratoire, une transmission indirecte par les mains, le linge ou les objets manipulés par les malades doit être envisagée.

La presse annonce la fermeture de la clinique française de Hanoi.

L'OMS et le Comité spécial de prévention de cette maladie recommandent de traiter activement les malades en quarantaine, de renforcer l'auto-défense individuelle contre l'affection et d'éviter les bains de foule, de se faire examiner sans tarder par un médecin dès qu’apparaissent les symptômes cliniques comme forte fièvre, toux sèche, douleur aux thorax... et d'observer strictement la surveillance épidémiologique des patients et de leurs proches.

Comment éviter les bains de foule dans une ville comme Shanghai ? Plus réalistes, les autorités sanitaires ont coé le port de masques ‘’chirurgicaux’’ pour arrêter les projections d’aérosols des tousseurs. Dans les hôpitaux qui accueillent les malades et suspects, les personnels sont équipés de masques, blouses étanches, gants, bottes, bonnets et lunettes.. comme pour une guerre bactériologique, ce qui représente une sage précaution, vues l’absence d’information sur l’agent causal, les contaminations et les pertes subies par les personnels soignants.

Suivent alors les mesures prises par les autorités sanitaires des aéroports pour prévenir toute importation de la maladie par les passagers en provenance des pays contaminés d’Asie : examen et hospitalisation en service spécialisé de tout passager présentant un ou plusieurs signes décrits par l’OMS, questionnaire à remplir pour les autres, avec déclaration des lieux de destination et de séjour afin de les retrouver en cas de nécessité.

Les prélèvements effectués sur les Patients ont enfin permis d’isoler l’agent causal, un virus appartenant à la famille des coronavirus, habituellement responsables des rhumes ou des petites ‘’grippes’’ banales survenant au cours ou à la fin de l’hiver et qui n’a aucune parenté avec le vrai et redoutable virus grippal, un orthomyxovirus. Un test de dépistage rapide a été mis au point, facilitant ainsi sa  surveillance épidémiologique.

L’hospitalisation dans un état grave à Tourcoing d’un médecin en provenance de Hanoi qui est passé entre les mailles du filet, et l’apparition de cas nouveaux à Tourcoing montrent qu’il est illusoire de nos jours, à moins de bloquer le trafic aérien, d’examiner tous les passagers des avions en provenance d’une zone contaminée par une maladie transmissible. Dans quelques aéroports des pays d’Asie, des détecteurs de fièvre ou de pouls rapide ont été installés au niveau des comptoirs d’enregistrement des bagages pour faciliter le travail du service médical de surveillance.. si vous avez couru pour vous présenter à temps à l’enregistrement, avec votre visage congestionné, votre respiration haletante, votre transpiration, votre élévation thermique et votre pouls rapide, vous êtes embarqué manu militari, toutes sirènes hurlantes, pour dix à quinze jours de quarantaine dans un service de maladies contagieuses !

A juste titre, la Chine a été mise à l’index pour avoir caché l’apparition des premiers cas survenus vraisemblablement vers novembre 2002  sur son territoire. Sous la pression internationale, elle s’est résignée le 1er avril 2003 à jouer la transparence en signalant l’extension du Sud vers le Nord de l’épidémie et en diffusant à la télévision toutes ces images théâtrales enregistrées dans l’immeuble ou dans les Universités mis en quarantaine.

Tout devient sujet à amalgame depuis l’annonce du décès à Hanoi d’un Chirurgien français d’origine vietnamienne parti effectuer un remplacement à l’hôpital franco-vietnamien (il ne serait pas mort de pneumopathie virale). En France, dans les transports en commun, dans les supermarchés asiatiques, on prend ses distances avec les clients aux yeux bridés ‘’parce que l’on ne sait pas d’où ils viennent’’ !

Le refus de l’équipage d’un avion régulier de ramener en France les six médecins et infirmières français partis pour aider ceux de Hanoi à circonscrire l’épidémie (ils ont été en contact avec les ‘’miasmes’’ ! ), les mesures spectaculaires de quarantaine prises à Hongkong, à Shanghai ou à Pékin et les manifestations populaires chinoises à la désignation d’un hôpital régional pour l’isolement des malades éventuels, révèlent la psycho-névrose qui a contaminé le monde des bien-portants. Aiguillonnée par la peur et l’ignorance, la population saine adopte instinctivement le comportement médiéval vis-à-vis de la Peste ou du Choléra.

Une nouvelle crise de psychose est déclenchée par la découverte de l’hôte animal responsable : la civette, un gros chat sauvage, est élevée en Chine pour sa fourrure et..  sa chair. Dans les déjections d’un élevage de civettes, on a découvert un coronavirus, dont les caractéristiques seraient identiques à celui de la pneumopathie atypique humaine. Le fameux ‘’principe de précaution’’ a fonctionné à fond : destruction des élevages contaminés et interdiction de commercialiser et de consommer  la chair des civettes. Les écologistes pourraient utiliser cet argument : pour interdire la chasse à la palombe dans le Sud-ouest de la France, il leur suffirait d’en trouver une dont les déjections contiennent un Chlamydia responsable de l’ornithose, pneumopathie dont la transmission est aussi complexe que celle du  SRAS..

A l’heure actuelle, la pneumopathie a coronavirus,  après avoir fait le tour de l’hémisphère nord en passant par Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, la Russie, le Canada, reste seulement localisée dans quelques foyers du Nord de la Chine et à Toronto, au Canada, encore soumis aux influences hivernales.

Grâce aux mesures préventives, et surtout grâce à l’arrivée de la saison chaude et sèche, on n’en parle plus à Singapour, à Hongkong et à Shanghai. Au Vietnam, aucun nouveau cas n'a été rapporté depuis le 8 avril 2003,  l’Hôpital Franco-Vietnamien de Hanoi a rouvert ses portes et le pays est reconnu de nouveau indemne de toute contamination. D’ailleurs, il n’y en a jamais eu dans le Centre et le Sud du pays où régnait la saison sèche. De même en Indonésie, en Thaîlande et  au Myanmar.

Le 2 juin 2003, pour la première fois aucun nouveau cas n‘a été enregistré en Chine, signe avant-coureur de l’extinction de l’épidémie.. Il en sera bientôt de même pour le Canada. Les procédures de contrôle sanitaire aux frontières et les règles de prophylaxie dans les hôpitaux seront vite normalisées.

Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette aventure du ‘’SRAS’’ ?

  1. Les nouvelles alarmantes se propagent plus vite que les bonnes. Dès la première annonce, les médias se sont précipités sur les communiqués pour les diffuser comme des ‘’scoops’’, peu d’envoyés spéciaux se sont rendus sur place pour prendre la mesure exacte des événements et calmer les esprits;
     

  2. Le goût immodéré de l’intelligentsia pour les noms obscurs ou nouveaux et du ‘’suspense’’. Il est normal que les médecins désignent par ‘’syndrome’’ un ensemble de signes cliniques observés dont ils ne connaissent pas encore la cause. Dans le cas qui nous intéresse, à  partir du moment où l’agent causal est identifié, ce n’est plus un ‘’SARS’’, mais tout simplement une pneumopathie virale ou, si l’on veut préciser, à coronavirus;
     

  3. Ce coronavirus fait partie des virus des rhinites ou des bronchites banales saisonnières. Il est devenu brusquement meurtrier, probablement à la suite d’une mutation ou d’une recombinaison génétique chez son hôte habituel ou chez un nouvel hôte avant de passer à l’Homme. Au même titre que les autres affections respiratoires contagieuses, cette pneumopathie virale relève des mêmes principes prophylactiques. Comme tous les virus respiratoires, les coronavirus sont sensibles aux antiseptiques et désinfectants ordinaires (alcool, eau de Javel), à la sécheresse, à la chaleur et aux rayons ultraviolets du soleil.

En définitive, grâce aux mesures  – parfois démesurées - d’hygiène prises par les Etats, sauf pour les 700 à 800 malheureuses victimes dénombrées, ce coronavirus aura été infiniment moins nocif que le virus grippal qui nous est familier. Rappelons-nous les pandémies meurtrières de grippe que l’Histoire a rapportées, en particulier la terrible ‘’grippe espagnole’’ de 1918-1919 qui a tué plus de 20 millions de personnes dans le monde. La fameuse ‘’grippe asiatique’’ de 1957, suivie de la ‘’grippe de Hongkong’’ de 1968, ont fait le tour des deux hémisphères terrestres. De nos jours, à part la vaccination des personnes exposées ou vulnérables, quelles mesures préconise-t-on devant le risque d’une invasion grippale, sachant qu’il en meurt 1 à 3 millions de personnes par an de cette pneumopathie virale, car tout le monde n’a pas accès au vaccin ?

Contrairement à la vraie grippe contre laquelle nous disposons d’un vaccin dont il faut certes constamment réajuster les caractèristiques antigéniques à cause des mutations du virus, nous ne disposons pas encore de vaccin contre ce coronavirus, mais cela ne saurait tarder, dans l’éventualité d’un retour offensif l’hiver prochain. Après toute vague épidémique, il reste des porteurs sains qui permettront au virus respiratoire de se pérenniser, éventuellement de muter. 

  1. On a mis un accent inquiétant sur le franchissement de la ‘’barrière de l’espèce’’. Il est vrai que certains virus parasitant une espèce donnée ne peuvent pas passer chez une espèce dite ‘’réfractaire’’, tout simplement par manque de récepteurs cellulaires chez cette dernière.

L’étude des recombinaisons génétiques au cours de l’évolution des espèces montre bien que cette fameuse barrière peut être franchie par une constante et patiente adaptation des espèces parasites à leurs hôtes. Le virus (ou virion) n’est qu’une information génétique parasite qui a absolument besoin d’une cellule-hôte pour se faire dupliquer. Par passages successifs et recombinaisons génétiques au cours de l’évolution, il acquiert de nouveaux caractères qui lui permettent de se faire héberger par d’autres espèces. Il a fallu des millions d’années et des centaines de milliers de recombinaisons  pour qu’un brin d’acide nucléique issu de la ‘’soupe originelle’’ du fin fond des forêts tropicales, puisse parasiter des bactéries, puis des êtres unicellulaires, grimper la chaîne des animaux à sang froid, puis à sang chaud, s’adapter aux oiseaux puis aux mammifères et ensuite à l’homme. Parfois, des ‘’vecteurs’’ sont susceptibles de lui faire court-circuiter les maillons de cette longue chaîne évolutive.

Le virus grippal qui nous est familier illustre bien cet échange entre plusieurs espèces : il peut s’entretenir chez les oiseaux sauvages plus ou moins migrateurs et d’élevage (grippe aviaire) ou chez les mammifères sauvages et domestiques (grippe équine ou porcine), les deux chaînes épidémiologiques pouvant aboutir à l’Homme.

Il en va de même des autres pneumopathies virales. Celle à coronavirus n’a donc rien de mystérieux ni de terrifiant.  L’équipe des médecins et infirmières est finalement revenue en bonne santé en France, après avoir vécu plusieurs semaines en pleine épidémie. Des personnages importants ont fait un aller-retour sans histoires à Pékin. Il est vrai qu’on a fait le vide devant et autour d’eux..! Il faut savoir relativiser les choses, comprendre les lois de la Vie, le mode d’existence des êtres vivants qui nous environnent, les échanges entre eux et nous, les mécanismes de propagation des maladies dites justement transmissibles pour se prémunir contre ces dernières.. et raison garder ! 

Dr  NGUYEN T.L

 

 
 
             

Haut

haut