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RÉCIT D’UN VÕ SƯ AU VIETNAM

VỀ VIỆT NAM

Maître Phan Toàn Châu

Quand vous revenez du pays (du VN, cela s’entend), inévitablement il y a toujours quelqu’un pour vous demander :

Về Việt Nam vui không ?

-  Alors, le Vietnam c’était bien ?

 

J’en suis à mon 40e rugissant, heu pardon, à mon 40e questionneur («Alors c’était bien le Vietnam?») en l’occurrence, c’est une questionneuse, et comme je suis timide avec les personnes du sexe dit «faible» je ne l’ai pas envoyée … promener.

 

«Về Việt Nam vui không ?», question à laquelle il faudrait  poliment répondre : «c’est bien, c’est super, c’est génial, etc.»

 

Eh bien vous allez voir comment c’est super, c’est génial, c’est … rất vui!

 

Alors, voilà comment mon beau voyage a commencé. Fin juillet, muni de mon passeport tout neuf et d’un visa tout propre, j’ai pris l’avion pour Bagdad… heu, excusez-moi, c’était pour le Vietnam. Donc, j’ai pris l’avion pour le Vietnam. Mon avion n’a pas une seule seconde de retard, il a atterri à l’heure, et je suis sorti de l’aéroport tout guilleret. La police des frontières m’a fait de grands sourires et les douaniers ne m’ont pas du tout embêté, alors qu’ils avaient vu que j’avais avec moi 4 sacs de médicaments, 4 sacs de jouets, deux slips, 8 atomiseurs d’eau de toilette…

 

Dehors, quelques amis me firent des signes amicaux ou impatients? Cela faisait une bonne heure qu’ils m’attendaient.

 

Pour ne pas voyager idiot, j’ai décidé de faire un peu de «social». Et là, c’est une autre forme de joie qui m’attendait.  J’accompagnai donc un ami dans le quartier le plus pauvre de Saigon, l’actuel Quận Tư (plus pauvre que ce quartier, il doit en exister, mais je n’avais pas le courage d’y aller, je tenais quand même à ma misérable vie).

 

Dans ce quartier, j’ai participé - financièrement et de ma personne - à une distribution de riz.  Une centaine de personnes se bousculaient pour ramener chez elles un bol de riz et un bol de soupe.  Quand elles n’avaient pas de bol (c’est le cas de le dire) on leur refilait la nourriture dans des sachets en nylon.

 

Puis toujours dans ce beau quartier, après maintes négociations avec les maçons et les autorités diverses, j’ai réussi à faire reconstruire la baraque d’un mutilé de guerre pour quelques centaines d’euros. (tout s’est passé sans aucun anicroche et avec des sourires super polis… bien sûr)

 

Mais une véritable joie m’accueillit : avec le maigre pécule que mes amis et amies m’avaient confié, je n’ai en fin de compte donné que 4 murs et un toit à ce mutilé de guerre.  Eh bien, les voisins - qui sont pourtant plus pauvres que Donald Duck - se sont cotisés pour offrir à cet homme des murs intérieurs et une dalle en ciment! Là, j’ai pleuré intérieurement de joie, même si je soupçonnais lesdits voisins d’avoir fait ça pour «recueillir un peu de chance tombée du ciel»…Mais peut-être que je me trompe…

 
   

MAISON DE PHAM VAN CAI
(avant reconstruction).

Ce n’est plus qu’un mauvais souvenir pour lui maintenant …

NOUVELLE MAISON DE PHAM VAN CAI
(vue sur le côté)

Cette nouvelle maison, divisée en plusieurs pièces,  peut maintenant abriter cinq familles. Un élan de solidarité s’étant créé, beaucoup des voisins du quartier ont également apporté leur contribution, d’une façon spontanée.

 

Par la suite, le mutilé en question s’est fait raser la tête pour remercier «Qui de droit là-haut» et ne cessait de marmonner des choses comme : «Mi-xên, Sang-tang, Khuong»… Je supposai que ce sont des formules pour avoir la félicité.  Alors, moi aussi, je me suis mis à marmonner : «Mi-xên, Sang-tang, Khuong, Mi-xên, Sang-tang, … »

 

Le hic, c’est quand tout le quartier croyait que «Mi-xên» et «Sang-Tang» sont des déesses européennes, et voulait que je leur ramenasse les photos desdites déesses…

 

*  *  *  *

 

Un peu de détente me ferait du bien; j’affrétais un mini-bus de 15 places en direction de Mũi Né. Pourquoi 15 places ? Parce que je profitai de l’occasion pour offrir la mer à certains jeunes qui n’en avaient jamais vu de leur vie.

 

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Retournons à nos moutons. Sachez en passant qu’il n’y a pratiquement pas de mouton au Vietnam. Là-bas, c’est plutôt la chèvre. Chèvre avec des nouilles blanches, chèvre en fondue, chèvre à la broche, chèvre à l’aigre‑douce et chèvres… en cyclomoteurs.  Ça m’a toujours émerveillé de voir les amoureux se draguer, se moumouter, se bécoter, se promettre des tas de bêtises… assis sur la même bécane ou sur deux bécanes côte à côte.

 

Je les regardais passer, et parfois une petite goutte salée s’écrasait sur ma joue gauche : Je me revoyais en … chèvre de dix-sept ans, en train de draguer, en train de bécoter, en train de ‘‘doudoucementer’ sur ma Suzuki A50.  Franchement, je ne sais pas si mes souvenirs me font plaisir ou me font mourir doucement…

«J’ai cueilli un brin de bruyère, l’automne est morte …» (Ta ngắt đi một cùm hoa thạch thảo, em nhớ cho mùa thu đã chết rồi …). Je suis maintenant dans mon automne…Mais j’étais au Vietnam, donc forcément c’était bien, super et gai !!! (essuyons ma petite goutte salée). 

Me voilà au cap Mũi Né, nouvel endroit touristique du Vietnam, situé à 200 km de Saigon. Les vagues étaient aussi violentes que les coups de pied de Bruce Lee, aussi bruyantes que ma belle mère et aussi belles que Chantal quand elle pense à moi. Et, croyez-moi si vous le voulez bien (mais vous n’êtes pas obligés de me croire) les restaurants étaient honnêtes ! Si si si, la preuve, ils pratiquaient les même prix qu’en France. Peut-être que l’un d’eux sortit de la norme en déclarant : 

- Pour avoir du riz, il faudrait commander un plat. Prenez donc notre joli et tendre poisson à 170 000 đồng le kilo… (ils nourrissent leur poiscaille avec des billets de 5 dollars?)

*  *  *  *

Retour à Saigon où j’avais emmené un autre mutilé de guerre à l’Institut du cœur franco-vietnamien (viện tim pháp-việt). Là il y avait surpopulation, et certains patients attendaient jusqu’à 4 semaines avant d’avoir leur 1ère consultation.  Faut dire que c’est le seul institut de Saigon qui soit patronné par les Français.
 

«Mon» Thương Phế Binh malade du cœur (et d’autre chose) s’appelle Tuấn. Fier et chaleureux. Pourtant, entre deux consultations, Tuấn me chuchota à l’oreille :

- Tu sais, mon jeune frère, depuis que j’ai perdu les yeux, j’ai rien demandé à personne.  Ma femme qui venait de quitter sa vie de lycéenne s’est toujours occupée de moi, à tel point que je la sens comme prisonnière de mon propre


handicap. C’est-à dire que tant que je vis, elle est prisonnière de moi… Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je te demande un service : Si jamais je meurs, tu t’occuperas - financièrement - de ma femme, promis? 

Tuấn m’a aussi sorti quelque chose comme «Tu ne sais pas ce qu’elle endure… elle fait le ménage à la maison, elle lave les cochons, puis le soir, elle va faire la corvée des poubelles… elle n’a jamais connu autre chose…»

-  Mais c’est ça aussi, la vie de famille, anh Tuấn ! Et elle est peut-être heureuse comme ça!

Et pour lui prouver que c’est vrai, je me suis mis à laver ses cochons. Jarnicoton, les mecs! Vous voulez que je vous décrive comment ça se passe ? Imaginez déjà l’odeur, une odeur de riz pourri mêlé à un relent de vomissures. Sans parler des grognements! On se croirait dans le métro aux heures de pointe, un jour de grève ! Je me suis même fait marcher sur les pattes, heu … sur les pieds. Y’en a même un qui voulait bouffer le bas de mon Jeans.

Le premier qui me demande «Về Việt Nam vui không?» …

Et pourtant la femme de Tuân soignait ses gorets comme une véritable maman. Elle m’a même confié qu’une fois, elle «a oublié » d’acheter les médicaments de son mari pour pouvoir payer des pilules à ses mammifères…

*  *  *  *  *

Les histoires de mamans, je pensais avoir tout entendu… Et pourtant, une fois, une jeune maman m’a déclaré ceci :

-  Ma fille aînée, qui a 11 ans, est malade du coeur… J’espère qu’elle va mourir bientôt… Car à chaque fois qu’elle me fait une crise d’asphyxie, ça me coûte des sous…Je préfère garder l’argent pour élever la petite qui, elle, semble être en meilleure santé. 

Histoire classique : Son père qui n’était pas très aisé, vint de mourir quelques mois auparavant… Sa mère, analphabète, a trouvé un emploi de femme de ménage pour 24 euros par mois. Chaque crise de la petite nécessitait l’emploi d’une bonbonne d’oxygène et de secouristes, qui revenaient à 12 euros environ… De toute façon, elle n’en avait plus pour longtemps, vu son teint violet et sa carcasse décharnée.

La maman a décidé de ne plus appeler les secours à la prochaine crise de la petite...

 


Mais ce jour-là, la petite fille eut son jour de chance : par l’intermédiaire d’un touriste un peu moins indifférent que les autres, elle eut son cas exposé sur le site de l’Association-Compassion (VN).

Oui, tout compte fait, c’était bien, mon voyage au Vietnam…grâce à vous, mes amis d’AC

 
 
 
             

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